Genèse du projet

 Une histoire personnelle

 L’intérêt de Kassia Aleksic, à l’origine du projet Arc-en-noir, pour le Kosovo remonte à la guerre de 1999.

 « J’avais quatorze ans. Je révisais avec mon père un contrôle de géographie, quand celui-ci s’est interrompu. Il a dessiné la carte de la Serbie et précisé la région du Kosovo. J’en avais encore jamais entendu parlé. ‘C’est le patrimoine culturel de la Serbie’, m’expliquait-il, ‘le berceau de toute notre culture. Et maintenant les albanais veulent le prendre’. Je ne l’écoutais qu’à moitié, soucieuse de reprendre mes révisions pour le contrôle du lendemain. C’est seulement après que ses paroles résonnèrent, et pour des années.

Lorsque le Kosovo fit la une du journal de 20h, que l’on montrait les massacres des serbes, les accusant de « nettoyage ethnique » envers les albanais, je fus saisie du contraste entre le discours médiatique et celui de mon père.

Au collège, j’essayai d’exposer l’ « autre » point de vue, celui des serbes, celui des « méchants », mais l’avis était unanime. On me reprochait de manquer de distance et de défendre un intérêt personnel. J’ai eu honte de mes origines. C’est aussi à partir de ce moment que j’ai voulu aller au Kosovo : comprendre à travers les rencontres plutôt que d’être tributaire du discours des autres.

 Ce projet a mûri pendant des années, jusqu’en 2006.

Au Kosovo, j’ai d’abord rencontré les serbes qui vivent repliés dans des enclaves, totalement coupés du reste du pays, dans un climat de peur et d’angoisse permanente. Nombre d’entre eux s’y sont réfugiés après la guerre, suite au retour des albanais des camps de réfugiés et à des vagues de vengeance. Très vite, j’ai aussi rencontré l’autre côté, celui des albanais. Pour comprendre à quel point deux mondes séparaient encore ces communautés. A quel point il était difficile de ne pas prendre parti d’un côté contre l’autre, et faire abstraction de ses origines. »

Kassia retourne régulièrement au Kosovo entre 2006 et 2010.

Une enquête d’anthropologie

Un master d’Anthropologie Sociale, effectué à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)  offre à cette recherche un nouveau cadre. Le sujet porte sur les ONG et groupes de femmes qui se développent au lendemain de la guerre dans tout le Kosovo.

C’est l’occasion de passer quatre mois dans le pays (mars-juin 2010), y rencontrer les communautés serbes, rroms et albanaises, à travers villes et villages. C’est aussi un moyen d’aborder des problématiques politiques et économiques dont les enjeux dépassent le Kosovo, touchent à la France et à l’Union Européenne.

Lors du voyage, au fil des rencontres, une surcharge affective vient saturer le présent. Les discours se tournent vers des récits de guerre et, dans certains cas, ouvrent à des paroles de traumatisme. Les problèmes politiques de domination et de pouvoir sont étouffés par la souffrance. La violence des mémoires piège le regard critique.

 La recherche sort du cadre académique.

Initialement commencé dans une enclave serbe à proximité de la capitale, le séjour se décentre vers le sud-est du Kosovo, où ont eu lieu les crimes de guerre et massacres serbes commis à l’encontre des albanais.

Il y a eu le mensonge quant à une origine serbe. La difficulté de parler. Le dégoût de la souffrance. La guerre. Et aussi, la musique, la danse, les rappels constants à la vie. La fascination pour des gens qui parlent de ce qui fait mal sans pudeur pour ensuite trinquer à la vie. Au retour se pose la question de trouver un langage pour transmettre ce qui a été trouvé et interroger cette expérience.

 Commence le projet Arc-en-noir, qui prolonge la recherche d’anthropologie.

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