Ecriture

« Une jeune femme enceinte mais son ventre ne grossit pas. Un monstre à l’intérieur tue ce qu’elle aime. Temps de s’y confronter ». Le texte fait suite à une enquête d’anthropologie au Kosovo. 

Kassia Aleksic écrit Arc-en-Noir dans le cadre d’une résidence au Young Writers Programme du Royal Court Theatre (janvier-avril 2011),  à LondresElle achève une première version de la pièce en septembre 2011.

Note de l’auteur, Royal Court Theatre

 « Je ne veux d’abord pas écrire sur le Kosovo. J’y cherchais quelque chose de vrai j’y ai trouvé la guerre. Arrêter de chercher là dedans. Plus on gratte, plus ça saigne. J’écris à partir de l’état avec lequel mon séjour au Kosovo m’a laissé et avec la nécessité de prouver qu’il est possible de créer alors que tout semble détruit. Cela commence avec le parti pris de la vie. Même lorsqu’elle est violente, ne pas avoir peur. De la chair vive jetée sur les feuilles blanches.

 Je suis toujours rouge, alors ce sera le nom de mon personnage principal. En serbe. Crvena. Le coeur bat très fort, comme s’il allait sortir de mon corps. Tant mieux, ça veut dire que c’est puissant. Les personnages n’ont d’abord ni passé ni psychologie. Ce sont des couleurs. Plus facile de plonger dans les tabous, traumatismes et fantasmes sexuels.

Au point où j’en suis, autant tout écrire.

 Puis une jeune auteur du Royal Court Theatre, commente mes premiers écrits : “J’aime la manière dont tu utilises des couleurs pour parler de la guerre.” Alors je parlerai du Kosovo quand même. J’utilise les matériaux de mon enquête d’anthropologie, et reprends ce qui m’a le plus marqué et posé problème. A partir de personnes rencontrées, dans les communautés serbes, albanaises et roms, je crée des personnages, que j’écris avec beaucoup d’amour. Je puise dans les rêves qui me hantent depuis des années. Comme si je guérissais, parce que je retrouvais l’humain et me réconciliais avec une part de mon inconscient. »

Ecriture et comédiens

Pendant le premier mois de répétition (avril 2012), les comédiens reprennent chaque partie du texte en improvisation. Le but, que les mots et le corps ne fassent qu’un. Que les comédiens s’approprient et réinventent les personnages. Que les situations prennent vie.

Un personnage s’invente. C’était celui de la poupée, il devient celui de la créature.

Note de Noémie Sanson, créatrice du personnage « la Créature »

« La Créature, c’est d’abord une voix, une voix enfouie à l’intérieur de Crvena, et qui appelle sans cesse à l’aide. Elle est toujours là et ne se taira que lorsque Crvena aura osé braver sa peur. Sa peur de découvrir ses racines, son passé, celui de sa famille tel qu’il est, sans pouvoir le changer.

La Créature un monstre ?

Non, juste la petite fille que Crvena a laissée derrière elle, le jour où, au Kosovo, sa mère l’a abandonnée. Une petite fille qui aime jouer, rire comme tous les enfants et surtout qui aimerait juste qu’on s’occupe d’elle. Impossible pour Crvena de l’oublier, elle est là présente, comme une ombre, bien réelle. Une ombre qui parfois dérange tant sa vérité peut faire mal… mais une ombre nécessaire à apprivoiser si Crvena débat veut enfin grandir, et aller de façon intime vers plus de liberté… »

Ecriture et rencontres avec Serbes et Albanais 

Le texte se précise au fil des rencontres avec Serbes et Albanais que nous rencontrons dans un premier temps à Paris, puis bientôt au Kosovo.

Ils vérifient l’exactitude des propos avancés et des comportements; donnent leur point de vue, parfois critique, sur les modes de représentation du côté « serbe » et « albanais » et commentent les formes de réception; enfin, ils complètent le texte avec des détails qui contribuent à ancrer les situations données dans une réalité locale.

Ils nous aident avec des codes culturels  du Kosovo. Nous voulons connaître les traditions dont ils sont fiers et qui les distinguent. Nous nous intéressons à l’humour albanais, au sens de l’hospitalité, aux artistes qui se développent en France et au Kosovo depuis la guerre, et aux militants politiques. Du côté des serbes, nous nous immergeons dans le quartier de Simplon, Paris 18ème, et passons du temps dans l’Eglise Saint Sava, l’agence de voyage et les cafés. Nous découvrons leur danse traditionnelle et touchons des racines qui dépassent les frontières.

Témoignage de Nicolas Gaspar, comédien

Le projet Arc-en-Noir a donné lieu à de multiples rencontres. N’ayant que très peu de connaissances sur le Kosovo, ces rencontres ont été très enrichissantes tant au point de vue informatif qu’humain. En tant qu’acteur, à qui on présente un tel projet, cette découverte d’un monde inconnu a été fondamentale pour mon travail. Ces personnes parlent de la guerre, de leur culture, de leur pays, et plus encore que le contenu de leur parole, ce qui m’a particulièrement fasciné est leur manière de dire. Dire la guerre avec un sourire. Parler de la mort de son frère avec un détachement apparent. Toutes ces personnes ont été une source nouvelle de vérité. La rencontre n’est pas toujours simple. La plupart du temps j’écoute, je parle peu. Je me laisse pénétrer par la parole. Mais j’ai été à chaque fois touché de la grande sincérité de tous ces gens. Les Albanais et les Serbes. Pour moi, je n’ai vu que des hommes, qui chacun de leur côté, racontent la même chose, la même souffrance, la même vie. L’enrichissement du projet est indéniable. Tout le temps passé, tout ce temps consacré à simplement aller à la découverte de l’autre apporte une dimension profonde à Arc-en-Noir.

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